La guerre biologique est déclarée contre les moustiques

De nombreux travaux prometteurs sont menés par les scientifiques du monde entier. Les derniers résultats démontrent la possibilité d’utiliser des armes anti-moustiques biologiques redoutablement efficaces.

Le moustique, vecteur actif de maladies graves

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Le moustique est l’insecte le plus nuisible pour l’Homme. Avec ses plus de 3500 espèces différentes, ces parasites suceurs de sang transmettent de nombreuses maladies graves comme la fièvre jaune, la malaria, la filariose ou encore la dengue. De nombreuses mesures de contrôle ont été mises en place depuis des décennies, comme l’éradication des sites de reproduction, le dépôt d’une fine couche d’huile sur la surface de l’eau pour obstruer les voies respiratoires des larves de moustique, ou encore l’utilisation de larvicides.

Créer des malformations chez le moustique

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Une nouvelle approche, étudiée par des chercheurs du Collège Impérial de Londres, se base sur le dérèglement de l’organe reproducteur du mâle, un élément essentiel permettant aux moustiques de maintenir le sperme au bon endroit dans la femelle. Sans cet organe, le sperme n’est pas conservé correctement, et la fertilisation est interrompue.

Il se trouve que le plus important moustique vecteur de la malaria en Afrique est l’Anopheles gambiae, et cette espèce ne s’accouple qu’une fois dans sa courte vie. Très clairement, perturber cet unique accouplement pourrait donner d’excellents résultats.

Agir sur l’enzyme Transglutaminase

Le laboratoire a réussi à déterminer qu’un enzyme, le transglutaminase, est nécessaire à la bonne formation de l’organe reproducteur du moustique. Ces chercheurs ont pu inhiber cet enzyme chez les moustiques mâles, sous des conditions contrôlées. Le défi réside désormais à pouvoir répéter cette opération sur de vastes zones. Si le procédé peut être adapté à de larges zones, peut-être grâce à un spray du type insecticide, alors il pourrait en résulter une stérilité globale des femelles moustiques.

Combattre le parasite par le parasite

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Une autre approche serait de “combattre le feu par le feu”, c’est-à-dire combattre le moustique grâce à un autre parasite. Il s’agirait d’utiliser une bactérie appelée Wolbachia, lequel infecterait déjà 60% de toutes les espèces d’insectes dans le monde.

Scott O’Neill, de l’université de Queensland en Australie, a obtenu des résultats étonnants avec le Wolbachia et les moustiques. En ce début d’année, son équipe a découvert que la bactérie Wolbachia réduisait considérablement la durée de vie du moustique Aedes aeqypti, un vecteur du paludisme aviaire. Et cette réduction de la durée de vie du moustique est cruciale, en effet, il faut au moins deux semaines complètes pour qu’un germe pathogène absorbé par un moustique lors d’un repas puisse se reproduire et infester sa salive. De ce fait, seuls les moustiques les plus âgés sont dangereux pour l’homme, moins il y en aura, moins l’homme sera exposé à la transmission de maladie.

Rendre le moustique plus résistant aux virus

Récemment, une nouvelle découverte a été faite par l’équipe d’O’Neill, nouvelle publiée le 24 décembre 2009 dans la revue scientifique Cell. La bactérie Wolbachia rend le moustique Aedes aeqypti plus résistant au virus responsable de la dengue et de la chikungunya, une maladie généralement non mortelle qui peut présenter les mêmes symptômes que la dengue.

Le Wolbachia, une arme biologique anti-moustique

Le Wolbachia serait une arme biologique anti moustique 100% non chimique, de plus il possède de nombreux mécanismes de survie astucieux. Il peut rendre le sperme stérile, il peut tuer les mâles avant qu’il n’atteignent l’âge adulte (ce qu’on appelle l’incompatibilité cytoplasmique), et quelques fois il peut même transformer un moustique mâle en femelle!

Des résultats scientifiques

En ce qui concerne son efficacité pour la lutte contre le paludisme, des expériences scientifiques sur le pathogène du paludisme aviaire Plasmodium gallinaceum (très proche du pathogène causant le paludisme chez l’homme) démontrent que les moustiques infectés par le Wolbachia ont 26% de chance en moins d’être atteint d’ADN de Plasmodium, et que le nombre de moustique pouvant transmettre la maladie a été réduit de 50%.

Des résultats relatifs

Tout cela semble prometteur, mais gardez bien à l’esprit que les travaux effectués jusqu’à présent ne concernaient que le paludisme aviaire, et ses pathogènes et vecteurs relatifs, plutôt que les variétés humaines. Cependant, les scientifiques savent que la bactérie Wolbachia peut se propager aussi rapidement qu’un feu de forêt dans les populations d’insectes, et l’espoir est que le succès de ce laboratoire pourra mener à des bénéfices aux humains, même si une résistance au Wolbachia se développe éventuellement.

Même si ces techniques de lutte contre les moustiques ne sont efficaces que quelques décennies, cela pourra avoir un énorme impact sur la santé publique.

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